Entretien avec le Patriot Front
Lors du passage en Suisse romande d’un membre de Patriot Front, nous avons pu réaliser une entrevue afin d’en apprendre davantage sur ce mouvement nationaliste américain.
RH : Peux-tu nous présenter PF : ses origines, ses objectifs, sa structure ? Donne-nous aussi le contexte dans lequel PF est né, ainsi que celui dans lequel il combat et se développe.
PF : Patriot Front a été fondé en 2017 par Thomas Rousseau, en réaction à la direction et à l’organisation médiocres de Vanguard America. Nous croyons en la renaissance de la culture et de l’identité américaines, en la construction d’une communauté permettant aux jeunes hommes américains d’incarner les idéaux des Pères fondateurs, et en la promotion d’une communauté façonnée par des valeurs capables de bâtir la nation et la société que nous souhaitons transmettre à nos descendants.
Sur le plan politique, nos objectifs comprennent le retour aux formes traditionnelles de gouvernement, c’est-à-dire une République, le rétablissement des lois et des politiques qui préservaient la souveraineté et le bien-être de notre nation, ainsi que la modification du code juridique fédéral afin d’empêcher que la subversion et la destruction survenues au cours des quelque 150 dernières années ne puissent se reproduire. En tant qu’Américains, nous avons droit à notre État-nation et, comme nos ancêtres l’ont compris, ce droit doit être mérité par la sueur et le sang lorsque c’est nécessaire.
Nous sommes une organisation militante, et non un parti politique. Chaque membre est tenu de militer, et cet engagement peut prendre différentes formes. L’organisation impose une discipline rigoureuse à ses membres en matière de santé physique, de caractère et d’engagement régulier.
Si nous voulons changer notre nation, nous devons d’abord changer notre Peuple. Nous n’exigeons pas que les gens rejoignent Patriot Front déjà parfaits, mais nous exigeons une progression constante vers cet idéal et une vigilance face au vice et à la faiblesse.
Nous formons les hommes qui bâtissent la Nation.
Nous mettons en garde le public contre la pourriture qui ronge notre nation, et nous nous opposons aux ennemis de notre peuple dès que l’occasion se présente. Défilés publics dans les grandes villes, manifestations spontanées, banderoles, affiches et autocollants couvrant des régions entières, contre-manifestations, prévention publique et services d’aide et de secours en cas de catastrophe : tels sont les divers moyens par lesquels nous affrontons nos ennemis tout en aidant nos communautés locales et en les faisant grandir.
Le nationalisme naît avant tout de l’amour de son peuple.


RH : Avez-vous des membres dans chaque État ? Nous observons que l’Alaska et Hawaï ne figurent pas sur votre page « Rejoindre ». Rencontrez-vous des difficultés dues aux longues distances qui vous séparent ?
PF : Le recrutement des membres est un processus rigoureux, pris très au sérieux. Le processus d’entretien lui-même est confidentiel et varie selon les responsables et les candidats, mais il garantit toujours la sécurité de l’organisation ainsi que l’honnêteté du candidat. Si on vous l’expliquait, il perdrait une grande partie de son efficacité.
En général, les candidats sont recrutés dans l’espace public. Les gens voient nos actions militantes dans les rues, sur les réseaux sociaux ou en se rendant au travail, et réagissent en cherchant à postuler.
Les forces et les faiblesses des nouveaux membres sont prises en compte, puis mises à profit ou travaillées dans le cadre d’un processus d’amélioration. Si aucun progrès n’est constaté, le membre est exclu. L’exclusion peut intervenir en raison de défauts de caractère irrémédiables, de consommation de drogue, d’inactivité, du refus d’améliorer sa santé ou de se conformer aux normes de l’organisation.
Ainsi, l’organisation demeure une force composée d’hommes pleins de vitalité et de vigueur.
L’Alaska, bien qu’il soit resté isolé pendant un certain temps en raison de sa taille immense et de sa faible densité de population, a récemment fait l’objet d’efforts de recrutement de militants. Ces efforts ont été couronnés de succès, et des membres sont désormais présents et actifs dans tout l’État.
Patriot Front n’est pas intéressé par le recrutement à Hawaï, pour de multiples raisons. Celles-ci vont des réalités démographiques aux différences culturelles, en passant par la petite taille et la faible population de l’archipel. Nos efforts sont mieux employés sur le continent américain.
Les vastes distances que les membres de Patriot Front doivent parcourir pour participer aux manifestations et aux événements peuvent sembler intimidantes pour ceux qui vivent dans des pays plus compacts.
Pour les Américains, le road trip fait partie des habitudes culturelles. De plus, Patriot Front a développé une organisation logistique adaptée aux longs trajets, afin de garantir que les membres disposent des moyens d’arriver efficacement à destination. Ainsi, les distances qui nous séparent ne constituent pas un obstacle majeur lorsqu’elles sont correctement anticipées.




Patriot Front est divisé en différents réseaux, qui fonctionnent généralement de manière semi-autonome. Quelqu’un de l’Alabama n’a pas besoin de se rendre une fois par mois au Texas, en Californie et à New York pour participer à chaque événement. Des actions régionales se déroulent régulièrement, ce qui permet de répartir l’activité à travers le pays plutôt que de la concentrer uniquement dans les zones les plus actives. Ainsi, des groupes de membres existent partout. Où qu’un membre rejoigne l’organisation, il trouvera d’autres membres à proximité. Même en Alaska.
RH : Essayez-vous, lorsque l’occasion se présente, d’influencer les votes ou les élections aux niveaux inférieurs de l’État et des comtés ?
PF : Nous chercherons à utiliser tous les moyens à notre disposition pour faire avancer le bien-être et les intérêts de notre peuple. Nous n’avons écarté aucune méthode, et nous chercherons à défendre nos intérêts partout où cela est possible, y compris dans la politique conventionnelle. Cela dit, nous ne ferons aucun compromis avec les politiciens ; nous les obligerons à en faire avec nous. À mesure que Patriot Front accumule des ressources, de l’influence et des effectifs, nous consolidons une position dominante auprès de jeunes hommes américains compétents et vertueux. Si un politicien nationaliste veut un jour s’appuyer sur eux comme base, c’est ce que nous avons, et cela vaut infiniment plus qu’une base composée de « boomers » sionistes indolents. Notre objectif est de constituer des effectifs et de développer un cadre logistique adaptable à n’importe quel contexte, ce qui nous permettra de rester flexibles.
RH : Nous avons remarqué votre uniforme composé de pantalons et de casquettes beiges, de masques blancs et de chemises bleu marine. Quelle en est la signification ?
PF : Nous sommes masqués, évidemment, pour préserver l’anonymat de nos militants. Le masque est un symbole qui peut être intimidant, mais c’est avant tout un droit que les Américains possèdent encore, surtout par rapport aux Européens. Cela souligne également que toutes les classes sociales font partie de notre base : un avocat ou un ouvrier du bâtiment, un médecin ou un étudiant — tous, indépendamment de leur origine, peuvent se présenter de manière uniforme sans révéler leur identité.
L’association du bleu et du beige est portée de façon récurrente par les Américains ; elle fut utilisée pour la première fois par l’Armée continentale pendant la Révolution américaine. Le bleu était généralement choisi parce qu’il permettait de se distinguer du rouge vif de l’uniforme britannique. La couleur bleue provient aussi de l’indigo, cultivé aux États-Unis, qui a donné leur teinte aux jeans. L’influence du bleu et du beige s’étend même à l’uniforme des Rough Riders, une force de volontaires de la fin du XIXᵉ siècle qui ont combattu dans la guerre hispano-américaine et sont devenus célèbres pour leur férocité et leur courage.
Il est clair que le bleu est effectivement devenu la couleur américaine, et c’est pourquoi nous perpétuons cet héritage.


RH : Pourquoi le crotale des bois, qui est normalement un symbole libertarien, est-il représenté découpé en plusieurs morceaux sur la page d’adhésion de votre site web ? Nous serions également heureux de lire quelque chose sur l’usage du symbole du faisceau (fasces), éminemment controversé de nos jours.
PF : Historiquement, l’image « Join or Die » (« Rejoins-nous ou meurs »), qui représente un crotale découpé en huit morceaux, chacun symbolisant une colonie différente, était destinée à unir les colonies britanniques contre les possessions coloniales françaises à l’ouest pendant la guerre de Sept Ans (French and Indian War). L’image a ensuite été reprise par les colons américains contre les Britanniques pendant la Révolution.
Le symbolisme du crotale est profondément ancré dans la culture américaine. Le crotale est particulier en ce qu’il est l’un des rares animaux qui avertissent un être humain avant de frapper. Nous, Américains, sommes capables d’être absolument mortels, mais nous tenterons d’abord toutes les méthodes pacifiques. Les crotales ne ferment jamais les yeux ; ils restent constamment en alerte. Ce sont des animaux américains, indigènes de ce sol, tout comme nous.
À propos de l’affinité des libertariens pour le drapeau de Gadsden :
Au point où nous en sommes, les libertariens n’ont aucun impact réel ni aucune influence significative sur la politique ou la société américaines. On ne leur permettra pas de s’approprier les symboles américains. Leur usage de ce symbole est aussi superficiel que leurs convictions et, en définitive, ils doivent être écartés.
RH : Qui sont les figures historiques ou contemporaines qui ont inspiré PF (écrivains, politiciens, etc.) ?
PF : Beaucoup de Pères fondateurs, et de ceux qui les ont suivis, incarnent les idéaux que nous cherchons à émuler. George Washington, pour son sens du commandement et l’humilité dont il a fait preuve pour avoir renoncé au pouvoir ; il a choisi de ne pas devenir le monarque ou le despote qu’il aurait pu être, afin de préserver l’Union.
Thomas Jefferson, pour son idéalisme passionné et sa philosophie. Andrew Jackson (qui n’était pas un Père fondateur, mais une figure importante d’une époque ultérieure), pour son audace et sa détermination sans limites. La liste est longue.
À l’échelle régionale, chaque réseau nourrit une profonde vénération pour ses propres figures historiques. Mes frères et moi, en particulier, qui venons du Deep South, sommes régulièrement inspirés par l’esprit guerrier de Nathan Bedford Forrest, le génie stratégique de Stonewall Jackson et la loyauté résolue de Robert E. Lee, qui ont tous combattu pour les États confédérés pendant la guerre de Sécession.
Une idée reçue courante veut que les Fondateurs aient été des « libéraux ». Pour leur époque, peut-être : leur opposition à la monarchie européenne, qui était restée le statu quo pendant des siècles, les rendait radicalement différents. Cela dit, leurs convictions étaient nuancées. Le nationalisme était une idéologie contraire à la monarchie. Dans de nombreuses monarchies, le pouvoir provenait de la famille royale, pas nécessairement de la nation. Les nations se déchirent parfois à cause de monarques étrangers, au profit d’une famille royale qui n’a souvent que peu ou pas de lien avec le peuple qu’elle gouverne. Nous posséderons notre propre État, pour nous-mêmes et pour notre prospérité.
Pour prolonger ce point, les droits pour lesquels les Américains se sont battus étaient une extension de nos caractéristiques naturelles en tant que peuple. Les Anglo-Saxons se sont régulièrement battus pour les libertés civiques, de la Magna Carta à la guerre civile anglaise. La Révolution américaine était une révolte contre des circonstances intolérables, et le gouvernement qui en est né s’est inspiré de la Grèce antique et de Rome, façonné par des milliers d’années d’histoire européenne. Bien que notre République se soit dégradée, nous conservons encore une grande partie de nos droits essentiels, ainsi qu’un gouvernement relativement durable comparé à de nombreux autres États au cours des 300 dernières années.
La tâche qui nous incombe désormais est d’éliminer la pourriture et de rétablir les principes qui nous ont fondés. Nous sommes déterminés à tirer les leçons de nos ancêtres et de ceux qui les ont précédés. Nous devons maintenant nous adapter à un environnement radicalement différent et concilier les traditions de nos aïeux avec une société en évolution rapide.
Nous conquerrons notre liberté, tout comme l’ont fait nos prédécesseurs.
RH : Merci beaucoup pour cet échange. Nous espérons que cette inspiration traversera l’Atlantique !











