L’Europe sioniste envers et contre tous.

Présentation de l’interview de Bernard-Henry Lévy sur Infrarouge, le 23 janvier 2019.

Pour une meilleure compréhension, il convient de diviser cette émission en 3 parties distinctes :
– Monologue BHLien sponsorisé par le citoyen suisse ;
– Discussion sur la forme de l’Union Européenne ;
– Discussion sur le fond de l’Union Européenne.

En lecteurs attentifs vous aurez noté l’absence du mot débat, nous reviendrons là-dessus dans un prochain article. Maintenant que le décor est posé, installons-nous confortablement dans notre canapé et apprécions l’utilisation de la taxe radio-tv.

L’homme de la soirée, le défenseur de la veuve et de l’orphelin, le représentant des peuples opprimés, entre en scène. Sous prétexte de présenter son « spectacle », il aura le luxe de déblatérer ses pensées pendant 13 minutes sur le service public de la RTS, et ce, sans contradicteur. Entrons dans le vif du sujet.

Pour Sieur BHL, l’Europe va de soi. C’est parfait, pour nous aussi. Attendez, nous avons oublié une précision importante : son Europe. Et ça, ça change tout. C’est une bienfaitrice, une déesse prophylactique, elle protège des guerres, de la misère, du repli sur soi, et sûrement aussi des sectes, de la malchance aux jeux et en amour, répare votre voiture à distance, etc. Cette incarnation du bien porte le doux nom d’Union Européenne.

Il commence sur les chapeaux de roues, le téléspectateur est béat d’admiration devant sa verve arrogante, mais soudain, il craque : « [L’UE est] un fanal qui, pour tous les peuples du monde, représente un idéal de grandeur et de liberté ! … et un modèle de démocratie, et un ilot de prospérité… » Ces mondialistes ne changeront donc jamais. Cette vieille étincelle évangélisatrice, ce besoin inné d’accomplir une mission sacrée… ils passent leur temps à critiquer ce qui a été fait par leur ancêtres colonisateurs, mais la branche ne tombe jamais loin de l’arbre. Démocratie ? Prospérité ? Comment peut-il avancer des arguments pareils lorsqu’on connaît le contexte actuel en Europe ?

Il y répond de lui-même : en se considérant comme membre de l’élite, alors qu’il en donne deux définitions totalement contraires à sa personne et ses relations (hommes politiques probes et intellectuels qui réfléchissent), il se permet de mettre en relation la critique du système avec une populisme « qui sent mauvais ». Nous voilà en plein cœur de son argumentation : si vous êtes d’accord avec lui, c’est bien, si vous ne l’êtes pas, vous êtes un nazi. Toute possibilité de débat s’arrête donc à la première contradiction.

Sa petite provocation lorsque le journaliste lui dit qu’à peine 10% des Suisses veulent encore entrer dans l’Union Européenne, « Je pense que Genève est européenne corps et âme, et qu’elle l’est depuis extrêmement longtemps. », montre bien sa méconnaissance et son mépris du dernier pays qui résiste encore et toujours à l’envahisseur : pour lui, la Suisse c’est Genève, et Genève c’est (((Albert Cohen))).

Malheureusement, et contrairement à ce qu’il prétend, un petit pays de 8 millions d’habitants se verra irrévocablement absorbé par le monstre de 700 millions d’âmes en peine qu’est son fantasme européen. Notre fédéralisme, notre subsidiarité, les fondements de notre système politique seront vite relégués au fin fond des oubliettes bruxelloises.

La preuve s’il en faut par sa vision de la démocratie : vive les référendums populaires, sauf s’ils vont à l’encontre de son mondialisme passionné. En interdisant par exemple la construction de minarets. En fin commerçant, il propose au chaland une innovation hors du commun : une conférence théâtralisée. Comme à son habitude, il s’agit ni plus ni moins d’un long monologue, déclamé si possible dans un anglais digne des meilleurs élèves de primaire. Un petit rappel aux années 30 clôt cette première partie (quand même, il ne faudrait pas que le téléspectateur oublie vers quoi l’on se dirige).

Une bouffée d’air frais nous est accordée lorsque la parole est passée aux gens du peuple, au travers d’une vidéo. On y découvre les travailleurs spoliés par le dumping salarial, l’évasion fiscal et la péréquation utopique entre le nord et le sud, l’est et l’ouest. La RTS a-t-elle voulu choquer avec un Salvini déclarant qu’il préfère les enfants italiens aux immigrés africains ? Et bien nous nous applaudissons des deux mains !

Pendant ce temps, entrée en scène des protagonistes : Pierre-Yves Maillard, conseiller d’état socialiste vaudois, Lionel Baier, cinéaste et membre de Weeuropeans, Slobodan Despot, éditeur et directeur d’Antipresse, et Isabelle Ory, journaliste de la RTS en duplex de Bruxelles.

La parole est donnée à Pierre-Yves Maillard, qui nous explique que la création de l’Union Européenne est basée sur un développement pour la paix, en assurant l’existence de chacun et la redistribution des richesses. L’abandon de ces valeurs nous pousse sans aucun doute dans un retour aux heures les plus sombres comme chacun le sait. À cette accusation d’abandon de l’humain, BHL réplique avec un seul exemple : la Grèce a été sauvée par l’UE, et sans son aide, elle aurait sombré dans le chaos et dans le giron de Poutine.

Comment peut-il ensuite dire que l’image de dirigeants européens focalisés uniquement sur l’aspect économique est caricatural ? Ce secteur est aussi bien la base que la finalité de son discours, tout tourne toujours autour de l’argent, aussi bien dans son esprit que dans celui d’un Jean-Claude Juncker ou d’une Angela Merkel.

Heureusement que la journaliste, Mme Ory, garde les pieds sur les terres et rappelle que la Grèce a été coulée, et non pas sauvée, par l’Union Européenne. Bruxelles veut combiner un libéralisme extrême avec un socialisme du même acabit. Le résultat ? L’UE va droit dans le mur. Pierre-Yves Maillard se retrouve confronté à ses propres contradictions : Les peuples votent à droite pour contrer les effets délétères de l’Europe. Il est coincé dans une vision socialiste des années 50-60, la lutte des classes est au cœur de sa pensée, il ne comprend pas que même si le progrès social de la deuxième moitié du XXème siècle partait d’une bonne intention, la plupart de ses bénéficiaires actuels n’en méritent pas le centième !

Lionel Baier fait démonstration de son charisme et de toute sa capacité de réflexion. Malheureusement pour lui, ils sont l’un comme l’autre proche de zéro. Heureux de représenter une minorité, il nous dit que l’Europe est née pour pallier à un problème économique, puis qu’elle est devenue un projet économique… Économie, économie, n’ont-ils vraiment que ce mot à la bouche ?

Slobodan Despot ramène tout ce beau monde sur terre, et après une claque verbale bien senties, il leur rappelle que les peuples vivent des problèmes de 2019, qui ne sont plus les mêmes qu’il y a 50 ans. Le problème aujourd’hui est que l’Union Européenne n’est qu’un monstre administratif, inaccessible et oligarchique. Aucune démocratie n’est possible en son sein, aucune liberté d’expression. Les citoyens français se sont vus imposer sa constitution, les lobbys industriels ont la main mise sur la commission européenne et de facto sur un parlement uniquement consultatif.

Chose intéressante, BHL joue sur les peurs, ce qui est comme tout le monde le sait l’apanage de l’extrêêêêême droite, et PYM propose des solutions identiques à celles des populistes afin de leur couper l’herbe sous le pied. Ouvriraient-ils enfin les yeux ? Petite digression de Lionel Baier qui continue son charabia en parlant de courageux citoyens qui opposeraient la démocratie européenne au totalitarisme hongrois, il oublie juste de préciser qui tire les ficelles (ou plutôt les cordons de la bourse) de ces protestataires professionnels.

Enfin cette deuxième partie arrive à son terme : BHL rappelle une énième fois que les populistes sont, selon lui et son grand esprit de déduction, en réalité tous des fascistes, Baier creuse autant qu’il peut en annonçant son amour de l’internationalisme et que, selon lui, les régionalistes sont comblés par le continent européen, avant que Slobodan Despot ne le sorte définitivement du jeu : « Je suis très content que l’Europe […] soit représentée par vous M. Baier et par vous M. Lévy. Car quand vous direz à des populations quelconques que l’Europe c’est avant tout une région lors de la mondialisation, vous n’allez pas avoir 10%, vous aurez que 0,5% des voix. ».

Respirez un grand coup, on a passé la moitié.

L’interview de BHL prend maintenant des faux airs de débat : tout le monde a le droit à la parole, oui, mais seuls les temps de parole des preux chevaliers du politiquement correct se verront respectés.

Slobodan Despot explique sa vision de l’Europe : fondée sur les héritages de Rome et d’Athènes, développée par sa superstructure chrétienne, elle aurait aujourd’hui perdu ce qui faisait sa grandeur, c’est-à-dire l’importance de l’individu en lui-même. Devant tant de fierté européenne, BHL perd ses nerfs. Et les Juifs ? Et les Agnostiques ? et les Lumières ? Et l’apport musulman en Europe ? Pour un homme aussi xénophobe envers les Russes et les Chinois, ces choix ciblés peuvent sembler suspicieux. Mais il est vrai que son fond de commerce doit être protégé après tout. Il s’énerve aussi sur la comparaison avec l’URSS, une dictature barbare à laquelle il est « énorme » de comparer la douce Union Européenne, si respectueuse des opinions divergentes, et si soucieuse du bien-être et des spécificités des peuples qui la composent.

La Hongrie rejette la corruption et le politiquement correct ? Fascistes ! Les gilets jaunes, soutenus par 80% des français, auraient soi-disant fait des quenelles et arrêté des migrants ? Fascistes ! Quel plaisir ça doit être de converser avec lui…

Pierre-Yves Maillard se révèle le parfait exemple du socialiste des années 80. Animé par de bonnes intentions, il oublie complètement les racines de notre civilisation. Lors d’une interview en 1993, il déclare que le cadre plus large de l’Union Européenne nous aurait ouvert des portes, que nos chances seraient plus nombreuses. Aujourd’hui, hors de ce cadre, nous pouvons nous rendre compte que la seule chose qui a augmenté, est le nombre de dangers et de menace auxquels sont exposés les membres de cette union.

Anti-libéral mais mondialiste, le tribun socialiste est le digne représentant d’une génération utopique et heureusement sur le déclin. Cette Europe était portée par des jeunes bisounours, traumatisés par la guerre mais aveugles devant les effets à longs termes d’une telle organisation. Ceux-ci apparaîtront dès la fin des années 90 avec la libre circulation des biens et des personnes. Dumping salarial, immigration massive et incontrôlée, perte des souverainetés, cures d’austérités imposées, le citoyen européen est servi !

Cette époque va toucher à sa fin lors des prochaines élections européennes, car même les commissaires européens sont conscients de la montée des eurosceptiques et de l’Europe des Peuples (mot qui a l’air de faire horriblement peur à Isabelle Ory). Piqué à vif par un Slobodan Despot qui lui rappelle son inutilité croissante et son passé d’entarté, BHL montre son incompréhension totale du nationalisme. Pour lui, se dire souverainiste mais accepter l’aide de Steve Bannon ou de Vladimir Poutine est inconcevable. Cela montre pourtant un réalisme grandissant, celui que des alliés puissants seront nécessaires pour venir à bout de cette Union malfaisante.

Pierre-Yves Maillard continue sur sa lancée, il parle des vrais problèmes, par exemple le fait que les gens se tuent au travail mais n’arrivent quand même pas à vivre dignement, mais persévère dans les fausses réponses apportées depuis quelques temps : encore plus de socialisme et de paternalisme. Faire des peuples des enfants incapables de s’occuper, et de se défendre, d’eux-mêmes ? Nous ne voyons pas de finalité positive à cette méthode.

Voilà, l’émission touche à sa fin et par conséquent notre texte aussi. Nous vous laissons digérer cette montagne d’informations, et reviendrons sous peu avec un nouvel article exposant les solutions prônées par Résistance Helvétique.

RH63

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